Alain Brunet

Le Mercredi 23 septembre 2009 | Mise en ligne à 19h12 | Commenter Commentaires (40)

Elisapie solo: regard d’une “fille du Nord”

Publié dans la catégorie Général

elisapi-isaac.jpg

C’est chien, mais c’est un fait: les humains ne naissent pas égaux. Certains sont plus forts, certains sont plus beaux, certains sont plus brillants, plus imaginatifs. Il y en a même qui sont très beaux et brillants. Cela semble être le cas d’ Élisapie Isaac, une splendeur de la nature septentrionale doublée d’une artiste profonde et inspirée. Cinéaste, auteure, chanteuse. Ainsi, la vie l’a dotée d’une tronche magnifique, prélude à un univers qui n’a rien de cosmétique, pourtant.

Contrairement à Philippe McKenzie ou Florent Vollant, pour qui le folk-rock est un véhicule qui transorte leurs inclinaisons vocales amérindiennes, l’Inuit Élisapie Isaac ratisse plus large au plan stylistique.

Dans l’interview accordée à mon collègue Alain De Repentigny, elle décrit son angle limpidement lorsqu’elle évoque le projet d’un éventuel documentaire sur le regard que pose une Inuit sur notre société: ” Souvent, les cinéastes viennent dans le Nord. Moi j’ai le goût de faire le contraire.”
C’est aussi ce qu’Elisapie Isaac fait musicalement, du moins depuis les débuts de Taima, le groupe qui l ‘a propulsée  il y a cinq ans – et dissout en 2007. Encore plus maintenant, encore plus que jamais, There Will Be Stars trace le regard d’une “fille du Nord” sur la pop-culture indé d’Amérique ou d’Europe. Et, pourquoi pas, sur la culture universelle.

Interprétés en anglais (presque tous d’Elisapie, sauf  un deFredric Gary Comeau), en inuktitut (Elisapie) et en français (Moi, Elsie est un texte de Richard Desjardins sur une musique de Pierre Lapointe), les textes reposent sur des musiques qui ne font pas particulièrement dans l’americana. Oubliez ça tout de suite.

Eloi Painchaud, Antoine Gratton, Martin Léon, Leonardo de Lucas et Pierre-Philippe Côté ont participé aux compositions d’Elisapie, qui a su renforcer ses connaissances musicales dont les limites sont faciles à deviner. Ainsi, des gens de talent ont étoffé l’instinct de la chanteuse.

Au fil des écoutes viennent à l’esprit Gonzales, Feist, Angelo Badalamenti, Julee Cruise, Martha Wainwright, kd… Vraiment pas la même latitude que celle du chant de gorge !

Elisapie, en somme, n’est pas une gardienne de ses traditions, bien qu’elles demeurent ancrées en elle. Cette femme moderne  ne nous emmène pas en kayak pour y pêcher l’omble arctique… Elle revendique sa liberté autrement. Voilà qui est une très bonne chose.

Un premier extrait ? Turning My Back, sur sa page MySpace.

  • intéressant! Je vais écouter bientôt…

  • @M. Brunet
    Pardonnez mon ignorance, mais que défini exactement le terme “américana” que vous utilisez depuis peu?
    Merci d’avance pour vos éventuelles lumières.

  • Votre article donne le goût d’écouter. J’ai donc écouté l’extrait que vous proposez et j’ai été surprise. Je m’attendais à autre chose. Je voulais aimer mais malgré la voix que je trouve belle et l’atmosphère flottante qui d’habitude me plaît, j’ai plutôt fait: ah bon…faut voir. Faut voir parce que je l’ai dit j’aimerais l’aimer. J’avais lu l’article de votre collègue mais je l’ai relu. Quelle femme intéressante en effet. Et puis j’ai relu ce qu’elle dit de sa démarche musicale sur le titre que vous proposez justement. Elle a de l’humour avec son Love is in the air et touche quelque chose là. Si le succès devait arriver pour Élisapie Isaac, je souhaite qu’elle maintienne cette fraîcheur du nord dont vous parlez et qu’elle résiste à la tentation inévitable de devenir le porte-étendard aux couleurs du Nunavut. Y a rien qui enferme davantage dans un carcan que ça. La tentation sera forte car les communautés du Nunavut ou Innu ont bien besoin de modèles lumineux.

  • @hmmm…

    Americana est l’expression générique qui désigne les musiques ayant germé exclusivement en Amérique du Nord, surtout aux États-Unis. Les styles country, blues, folk et rock (dans sa forme originelle) font tous partie de l’ensemble americana. Voyez la définition wikipedia.

  • @norvegequebec

    Je ne peux affirmer qu’il s’agit là d’un album extraordinaire. J’ai parfois l’impression qu’il manque un fil conducteur pour ficeler le tout. Mais bon, la démarche est exemplaire dans la mesure où Élisapie impose un personnage nordique libre de toute contrainte inhérente aux sociétés traditionnelles. Ce qui ne la coupe pas des ses origines pour autant. Y plane l’exotisme de la langue inuktitut, certaines atmosphères nous rappellent clairement qu’elle ne provient pas du Québec méridional. Mais, de toute évidence, on ne se replonge pas dans le passé à l’écoute de There Will Be Stars.

  • @alain brunet
    “un album extraordinaire”. Et ce malgré une musique de Pierre Lapointe et ses limites musicales? Je vous nargue un peu ;-)

    J’ai entendu la chanson en question à la radio et j’ai bien aimé. J’ai hâte d’entendre le reste, Taima était une réussite quant à moi.

  • @martin_2008

    Qui ne vaut pas une petite risée ne vaut pas grand-chose ! :-)
    Mais revenons à nos moutons: There Will Be Stars n’est pas un album extraordinaire. Intéressant, inspiré, créé par une artiste curieuse qui n’a pas fini de chercher. Mais pas un grand disque. Et.. vous vous doutez bien que je n’aurais pas fait appel à Pierre Lapointe pour composer une musique sur un texte de Richard Desjardins. Ce dernier, d’ailleurs, a des connaissances harmoniques clairement supérieures à P. Lapointe… que j’apprécie toujours, remarquez, malgré les réserves formulées au sujet de son dernier album et ses dernières séries de concerts.

  • L’Americana est en fait une fusion ‘africaine/celtique’… Étant entendu que rien n’a vraiment ‘germé’ en Amérique du Nord.

    Le country, folk, est la portion ‘blanche’ de l’équation, directement importée d’Irlande et du monde celtique en général. On ne parle pas nécessairement des reels, gigues, et autres slip-gig (qui eux ont enfanté le bluegrass), mais des complaintes style ‘My Dearest Dear’ qui rappellent furieusement Hank Williams. L’immigration allemande a aussi ajouté la touche ‘Yodel’ qui s’est même rendue au Québec… Cette façon d’attaquer la guitare ’steel string’ est farouchement nord-atlantique.

    Le blues, et ses enfants le jazz et le rock, est la portion ‘noire’ de l’équation. Ceux qui ont le temps, tapez-vous la collection de 20 vinyles de l’UNESCO, field recordings faits en Afrique en 1950. Vous y entendrez des ‘versions’ primitives, remontant à plusieurs siècles sans doute, d’à peu près tout le blues-rock fait aux États-Unis. Une version ‘voodoo child’ jouée au Rwanda donne froid dans le dos.

    C’est cette grande fusion blanche et noire qui donne le son Americana, assez primitif harmoniquement, paresseux rythmiquement, mais subtilement distendu dans ses intervalles (à l’africaine). Certaines des pièces de Bob Dylan (Ballad of Hollis Brown) résument la quintessence du genre.

  • @Alain Brunet:

    On n’écrit pas Innuit mais Inuit.

    Vous écrivez:
    Contrairement à Philippe McKenzie ou Florent Vollant, pour qui le folk-rock sont un véhicule
    –>Contrairement à Philippe McKenzie ou Florent Vollant, pour qui le folk-rock EST un véhicule

    À propos, vous savez que mme Isaac a déjà fait un premier documentaire ? C’était aux débuts de Taima ou avant.

    @norvegequebec : Elisapie ne vient pas du Nunavut, mais du Nunavik.

  • @marc-andré tessier

    C’était déjà corrigé… Ce maudit logiciel des blogues nous accorde une piètre visibilité à l’écran. Très propice aux coquilles, cette difficulté de se relire…

  • @mikhail

    Encore une fois,ne jouons pas sur les mots. Rien n’a germé nulle part si on va au bout de votre logique. Oui, le blues, pour prendre cet exemple, vient des régions subsahariennes, mais la forme qu’on lui connaît a germé en Amérique. Ne trébuchons pas dans les fleurs du tapis…

  • @alain

    Bien sûr, tout vient de kk chose. Même le ‘blues’ subsaharien vient de qq part à ce compte. Mais je mettais l’accent sur le fait que la musique américaine (comme du reste l’ensemble de sa culture), comme celle du Brésil, est la résultante du croisement de l’Europe et de l’Afrique.

    Et c’est précisément ce manque d’africanité qui fait qu’il manque qq chose à la production québécoise voulue ‘americana’. D’aucuns diront que les Québécois font des bons bluesmen car ils sont les ‘nègres blancs d’Amrérique’ mais je ne souscris pas à cette hypothèse…

    À lire le wiki, on a peu l’impression d’une création ex nihilo, ce qui est pas mal réducteur. L’Americana n’est pas une ‘naissance’ dans l’histoire de la musique (comme disons, la musique tempérée), mais un ‘mariage’.

  • @mikhail

    TOUT, en ce qui me concerne, provient d’un croisement… Vous-même, d’ailleurs. :-)
    Quant à l’americana québécois il manque peut-être de blues et de négritude comme vous le faites observer. Ces carences sont aussi remarquables chez tout plein de songwriters blancs états-uniens. Les ingrédients de l’americana ne sont pas toujours parfaitement répartis…

  • Pendant qu’on est sur le sujet des chanteuses folk machin ‘atmosphériques’, j’ai écouté le dernier vinyle de Lhasa, hier.

    Produit analogique du début à la fin… Son Hotel2Tango… Production irréprochable… Ça sonne comme c’est pas permis… Du ‘ear candy’ de bord en bord…

    Mais tounes ‘boring’ ! Mais alors vraiment, quelle barbe ! Harmoniquement linéaire, textes niais… Même un des textes (sur l’araignée) pas mal ‘emprunté’ à Danielle Hébert, qui a le même genre de voix.

    J’avoue que ça refroidit son homme quand vient le temps d’investir un peu de sous sur une autre ‘chanteuse atmosphérique’… Détrompez-moi qq un.

  • Allons-y pour mon commentaire. Élisapie Isaac ? Si elle a une diffusion radio, j’imagine que cela va être aux antennes de Radio-Canada, peut-être aussi des radios communautaires et étudiantes, mais je le sais pas.

    Écoutons donc l’extrait suggéré ” Turning my back” et commentons…

    Je trouve cela très relax, très doux comme musique, c’est agréable. Atmosphérique ? Ce peut être un terme. C’est une ambiance agréable. C’est un amalgame de plusieurs genres musicaux. Et rendu vers disons les 3/4 de la toune et jusqu’à la fin vous voulez savoir ce à quoi les sonorités me faisaient penser moi ? À du disco. Il y d’autres styles aussi avant. Je le sais pas si Radio-Can va diffuser ce titre.

  • J’avais pas lu l’entrevue avec Alain De Repentigny avant de commenter…

    Et il parle du disco tout comme j’ai dit mais c’est pas juste cela cette toune. Il y a d’autres styles et j’ai commencé à sentir le disco juste après un certain moment…

    Je n’ai pas pensé à ”Love is in the air”, car elle dit que des gens lui donnent cela comme réaction.

  • @lecteur_curieux : en plus des radios que vous avez mentionnées, on entend souvent du Taima sur les ondes de AVR, une radio qui possède des stations à Vancouver, Calgary, Toronto, Edmonton et ottawa. On peut s’attendre à ce qu’ils diffusent la musique d’Elisapie en solo.

    Pour NRj et Rock-Détente, je ne sais pas.

  • @marc-andré_tessier

    Pourriez-vous SVP réécrire les réserves que vous avez formulées au sujet de l’interview ? Votre dernier commentaire a été détruit contre ma volonté. Désolé…

  • D’accord.. ce n’était rien de très important, et ça n’avait rien à voir avec la musique.

    C’était que, beaucoup de gens se trompent avec innu et inuit (ce qui n’est pas votre cas), et même ceux qui savent, font parfois l’erreur d’écrire innu inu et inuit innuit, par faute d’attention.

    Sur la liste des textes du Moulin à Paroles, les deux cultures figuraient sous le vocable “inuu”.

    De même on retrouve souvent une confusion entre Nunavut et Nunavik (j’ai même vu Nunavuk sur le site de Radio-Canada), et entre inuktitut (la langue) et inuit, ou vice-versa.

    Quant à l’article, ma seule réserve est que l’auteur utilise inuk comme adjectif, alors qu’inuk est le singulier d’inuit en inuktitut. Je trouve que c’est un peu tiré par les cheveux.

    Vouloir préserver le singulier et le pluriel originels (un inuk, trois inuit), et à la limite le duel (deux inuuk).. ça passe, même si je ne suis pas d’accord (il faudrait aussi dire une pizza, des pizze, vous imaginez tous les mots d’origine étrangère.. on a déjà assez de pluriels irréguliers).

    Utiliser inuk comme adjectif, au lieu d’inuit que tout le monde connait bien.. à mon avis ce n’est pas pour aider.

  • @marc-andré

    Avez-vous vécu dans le Nord, au fait ? Vous semblez vous y connaître. Et si oui, quel genres musicaux sont en vogue là-bas ?

  • Y’a aussi tout un débat sur le pluriel ‘inuits’ puisque inuit est déjà pluriel.

    Un débat en suspens… Qui a déjà fait les gorges chaudes du blogue les Amoureux du Français. Mais il se trouvera toujours un smatte pour écrire ’scénarii, referendae’ etc. Je suis d’accord avec vous : une fois francisé, un mot s’accord selon les règles du français.

    Je viens de ces régions, et je me souviens encore à l’école quand on a ‘appris’ qu’il fallait plus dire Montagnais (innu) et Eskimo (inuit)… Sauf erreur, les appelations ‘correctes’ sont tombées dans l’usage ‘dans le Sud’ mais assez peu ‘dans le Nord’.

  • @mikhail

    Moi qui croyais que vous veniez des steppes russes… Je tombe de haut !

  • Eh non, je viens des steppes du Labrador… Où la lecture des intrigues sibériennes avait une consonnance très immédiate… Pas mal plus que les histoires du Plateau à Tremblay !

    Marc-André complètera, mais par là-bas, c’est musique lourde (métal, etc.), country… Beaucoup de prog aussi… Tout ce qui a tant soit peu de gidui électro ou de beat box est vu comme de la ‘musique de tapettes’… C’est des coins assez virils.

  • Je n’y ai pas vécu longtemps, dans le nord, et je n’avais aucun contact avec les Inuit ni les Innus (il y avait des deux, c’était au Québec et pas encore tout à fait le vrai grand nord), mes parents ne fraternisaient pas.

    Mais en effet, comme je disais sur un autre fil, et comme dit Boulgakov, dans les années ‘80 à Malioténam (j’y étais en échange), c’était surtout du country / western que je ne peux identifier plus précisément.

    Et au Groenland, le dernier endroit “du nord” où je suis allé, c’est du r & b, hip hop.. Taima avaient fait la première partie Julie Berthelsen, sorte de Britney Spears groenlandaise* et c’était tellement plein que je n’ai pas pu entrer. Au magasin de disque, je cherchais des CD d’artistes qui chantent en kaallalisut et une vendeuse, probablement très danoise, m’a regardé comme si j’était un malheureux pervers quand j’ai choisi un CD d’un genre de “rack à 10$” local, fait maison, au lieu d’un truc à la mode.

    Ah oui, en Carélie finlandaise, il y a 12 ans, une famille m’avait donné un lift et dans la voiture familiale, c’était du CCR qui jouait à tue tête. Et en Laponie finlandaise, un groupe hommage à CCR, en provenance du Canada, allait se produire peu après mon départ (quelques temps en 1997). Musique de camionneurs.. sinon.

    Les Anglais qui ont fréquenté les Inuit (canadiens ou québécois) durant les années ‘40 (ou avant) leur ont présenté le reel irlandais ou écossais, avec le phonographe, incluant les danses. L’accordéon et le violon. Idem chez les Cris de la Baie James.. Il y a d’ailleurs un documentaire de l’ONF (années ‘70) où des Écossais invitent des Cris à jouer des reels qui ont depuis disparu des îles britanniques mais que les Cris jouent encore, les ayant appris dans les années ‘50.

    Plus tard le country a fait son entrée dans ces contrées. William Tagoona, l’homme du nord, est un Inuit du Nunavik.. j’ai un de ses albums (1980).. c’est ce que j’appelle du country / western. À Maniwaki le western est très populaire.

    Aujourd’hui ça ne m’étonnerait pas que les jeunes du nord, où qu’on soit, trippent tous un peu sur le metal, le hip hop, etc. À défaut de s’amuser (country, danse en ligne) on peut toujours d’évader (émotions fortes, etc).

    *(là aussi il y a un choix de termes.. kalaallit, pluriel ou singulier, eskimo en danois, inuit en “canadien”..)

  • Erratum:
    “les Inuit ni les Innus” –> “les Inuit ni les Cris”

  • @ marc-andre_tessier ..Tiens vous étiez à Poste à la Baleine? J’ai passé 2 ans sur la côte de la Baie James ( et d’Hudson) et dans mon souvenir à moi, la musique était très peu présente. La télé par contre…

  • @norvegequebec : en effet, la musique n’y est pas une nécessité comme elle l’est dans des milieux aisés plus densément peuplés, où de plus en plus de gens se définissent par ce qu’ils écoutent.

    Les gens là-bas écoutaient la radio, ce qui passe, mais cette radio si elle était locale passait surtout les genres que j’ai mentionnés. Avoir un bon système de son, une bonne table tournante, tout ça, c’était au mieux secondaire. Cassettes 8 track, cassettes audio copiées, tant que ça joue. Si ça peut jouer dans l’pick-up, tant mieux. Collectionner des disques ? Jamais.

    Mais aujourd’hui, avec l’ordinateur, je ne serais pas surpris que les jeunes s’intéressent plus à la musique qui leur est destinée. La discographie de Metallica en mp3 est à un seul clic; pour ne pas parler de groupes contemporains. Du moment qu’on a un ordinateur et une connexion stable, tout est permis.

    La télé était plus présente, oui. L’évasion sera toujours un “loisir” dans des milieux reconnus comme difficiles d’où en plus on se sent aliéné pour diverses raisons.

  • @Marc-André et Mikhael

    Très intéressant vos commentaires sur la musique dans le Grand Nord (ai-je le droit d’utiliser cette appellation? ; ) )

  • @francis

    Théoriquement, le Labardor-West est du ‘Moyen-Nord’ (c’est taïga, pas toundra), mais à 700 mètres d’altitude (c’est un haut plateau) et à 400km dans les terres, c’est sibérien rare.

    D’ailleurs il y neige en ce moment…

    http://meteo.gc.ca/city/pages/nl-20_metric_f.html

  • J’avais bien aimé Taima et c’est d’ailleurs un album que j’écoute encore beaucoup… Un peu déçu du départ d’Alain Auger dont j’appréciais le jeu et j’espère que ses successeurs feront une aussi belle job. Je vais aller chercher ça ce soir et je vous en reparlerai. Bien hâte de retrouver la belle Elisapie…

  • @marc-andré, mikhail, norvegequebec

    Merci pour ces informations précieuses sur le Nord – moyen, moyen Grand ou Grand. Je ne pensais pas éveiller tant de nordicité aujourd’hui !

  • J’aimais bien aussi Alain Auger..

    j’ai entendu une fois, en spectacle, leur version de Lucky Lucky (Richard Desjardins).

    Il avait transposé l’intro, qui est au piano, à la guitare. Et tout y était.. pas une seule note en moins.

    J’avais pris quelques chansons en bootleg pour mon propre plaisir : Yellowknife, et L’Abri… maintenant j’ai l’impression que je ne les entendrai jamais sur un vrai album, à moins qu’Elisapie les ai adaptés ou recyclées.

  • La discussion portant sur l’Americana m’a rappelé un sujet sur lequel j’aimerais entendre l’opinion des blogueurs (ou le renvoi au blogue précédent si le sujet a déjà été discuté).

    Quelle est l’origine de la chanson québécoise? Y a-t-il un bon livre de référence portant sur les origines de la musique québécoise?

    L’article à ce sujet de Wikipedia (tant français qu’anglais) est très largement déficient. Ce serait, me semble-t-il un beau sujet à peaufiner pour les mélomanes qui s’intéressent à l’histoire.

    Les deux sites qui m’apparaissent faire les meilleures contributions sur ce sujet sont: http://www.chansonduquebec.com/ et http://www.mnemo.qc.ca/html/bulletin.html#anchorsommaire .

    En synthétisant l’information au plus extrême, la chanson québécoise viendrait du mariage de la chanson orale française, héritage commun et partagé avec la France–en sont témoins les “Qu’as-tu vu bergère” et autres “À la claire fontaine” chantées sur les deux côtes de l’océan Atlantique, et du phrasé musical celtique, pour ne pas dire irlandais, qui nous aurait donné la turlute (”diddling” en anglais) et autres rythmes propices à accompagner la gigue. La contribution amérindienne à la musique québécoise serait, paraît-il inexistante.

    Bon, j’imagine qu’il faudrait multiplier les nuances, mais est-ce que cette thèse dans les grandes lignes se défend?

    Je suis incrédule que les Coureurs de bois, qui ont été la courroie de transmission de l’héritage de la chanson orale française, n’aient pas subi l’influence de musique amérindienne, eux qui ont pourtant adopté tant de us et moeurs des Amérindiens et qui ont participé à tant de tabagies.

  • Fermont, Labrador, on se rapproche du Grand nord. On est en haut quand on parle de redescendre à Baie Comeau. En hiver, le ciel bleu annonce un glacial moins 40 avant les vents. Le ciel gris, c’est la neige, le grésil. N’y ai pas vu d’autres couleurs dans le ciel… À Fermont, on voulait entendre de la country, du soft rock et, à l’époque, les enfants n’en avaient que pour Lorie.

  • @Alain Brunet et autres,
    Merci bien pour vos définitions de l’étiquette “américana”. Elles me semblent plutôt claires et compréhensibles même si certaines nuances d’origines peuvent être discutées.
    J’ai, un bref moment, crains qu’il ne s’agisse d’une sorte de profil musical à la con genre: ” Post transce-hop avec up-beat transversal downmixé au trad tonal carnatic pré-numérique”.

    Merci encore de m’avoir rassuré!

  • @pellem : Même si vous avez dit la France et que la Bretagne est en France.. j’ajouterais que beaucoup de chansons viennent de Bretagne; les histoires de moines, entre autres, les chansons “du mensonge”, certaines chansons de marin. Le fameux Ziguezon de la Bottine serait une chanson originalement bretonne si je ne m’abuse (plusieurs variantes, La fontaine est profonde). L’expression Dondaine en chanson est d’ailleurs d’origine bretonne (géographiquement, pas linguistiquement). Je le précise car la chanson bretonne comporte probablement des éléments sont d’origine celtique. Étrangement, aucun mot en breton n’est parvenu jusqu’à nous dans ces chansons.. à moins qu’il soit déguisé en mots inintelligibles (panpan la bobinette pipanpan la bobino..)

    D’autres chansons venaient de l’île-de-France (Mon père a fait bâtir maison), d’autres probablement d’ailleurs en France… et certaines chansons doivent être difficiles à localiser en France, comme ici.

    Une des raisons pour lesquelles les chansons amérindiennes n’ont pas été adoptées.. faudrait d’abord que les Amérindiens aient eu la tradition de “chansons” comme nous l’avons. S’ils chantaient, rien ne dit que c’était sous la forme de chansons avec couplets et refrains. Une chanson innue enregistrée à Schefferville en 1964 dit (une fois traduit) : Je vais peut-être attraper une loutre ou une hirondelle, je vais attraper quelque chose pour ma famille cet hiver. Je vais à la chasse avec mes deux fils.. La mélodie est difficilement perceptible et le fond de percussion au tambour fait penser à certains groupes industriels. Je vois mal adapter cela à une veillée.

    À mon avis la chanson en Nouvelle-France s’est surtout développée parmi les colons, pour se divertir (chansons grivoises, chansons à répondre).. chanter dans une langue étrangère ne permet pas de parvenir à ces fins. Si entre temps des coureurs des bois avaient adopté des airs amérindiens, rien ne dit qu’ils ont peu ensuite les transmettre aux petites familles de qui on tient une partie de notre héritage musical. Si certains bretonnants comptaient parmi les colons du XVIIe (l’ancêtre des Rioux par exemple), on dirait que toute autre langue que le français a été vite éliminée; je vois mal qu’un intérêt autre que commercial ou stratégique envers la langue amérindienne ait pu surgir; on n’a qu’à regarder aujourd’hui, peu de Québécois francophones s’intéressent à ces langues et (cause ou conséquence) les ressources n’existent pratiquement pas.

    Mais bon, faudrait demander à des experts.

  • Je crois que les coureurs des bois se sont associés aux amérindiens pour des raisons pratico-pratiques. On a arrêté de compter les nombres de cas où le Blanc se mariait à une Rouge pendant son passage dans sa communauté et la délaissait par la suite pour mieux retourner dans le monde blanc. Peu de francophones s’intéressent aujourd’hui aux langues amérindiennes? Demandez aux leaders amérindiens eux-mêmes. Vous les entendrez se plaindre des leurs qui se font assimiler au profit des cultures francophones et/ou anglophones.

  • Merci pour les quelques réponses.

    @atchoum
    Quand même, un grand nombre de coureurs des Bois ont fait souche dans l’arrière-pays, si bien qu’aujourd’hui, plus de 300 000 personnes, les Métis, revendiquent un de ces ancêtres. D’ailleurs, on dit que le réel des Mites était particulièrement dynamique, porté sur un 2/4…qui sait, peut-être est-ce une influence amérindienne…

  • @ Pellem je vous conseille La musique au Québec 1600-1875 Willy Amtmann ISBN 0775905178 on y relate surotut l’histoire de la musique classique mais on y trouve un bon chapitre sur la musique folklorique et un autre sur la musique amérindienne.

    Éffectivement les musiques des premières nations on peut influencés le répertoire Québécois puisque la majorité de leurs chants était rituel de la même manière je crois que très peu de gens se souviennent des chants religeux de nos jours. D’un autre côté qui n’a jamais entendue l’air de Ani Kuni chaouani…

    En fait la musique traditionnelle du Québec est principalement née de la fusion des chants d’origine Français et de la musique Irlandaise le clou de cette fusion à été bien enfoncé au 19iem siècle lors de l’immigration massive des Irlandais dû à une famine dans leur pays. Même si la nomination des airs est la même (reel, gigue, etc..) la musique au traditionnelle Québec possède ces règles propre et indéniablement différente. Notament au niveau du ’swing’ qui est plutôt sautillent au Québec (difficile à expliquer sans tomber dans la théorie musicale) contrairement au swing beaucoup plus carré des musiques d’origine celtique ’square dance’ entre autre… Je me permet de faire une analogie içi jouer de la musique d’origine celtique pour un musicien de musique traditionnelle Québécoise c’est comme un jazzman qui jouerait du jazz sans swing… l’ennuie quoi !!!

    Désolé de toutes ces précisions mais le post de ‘mikhail_boulgakov’ qui prétend que rien n’à germé en Amérique du Nord ma vivement interpellé !

  • @dede

    Entendons-nous : la bossa, le rock, le house, le ‘Québécois’ et tutti quanti sont des formes qui ont ‘germé’, d’une certaine manière, en Amérique… Seulement, leur filiation est tout de même très marquée, puisque les ‘parents’ de ces musiques viennent tout de suite d’outre-Atlantique. Musicalement parlant, l’Amérique reste récente.

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