André Pratte
Je reviens sur ce sondage Globe&Mail-CTV-Strategic Counsel. Dans la vision simpliste que beaucoup de Québécois ont du Canada, il y a ce mythe: les Canadiens anglais sont des monarchistes désespérément entichés de la vieille Elizabeth, tandis que les Québécois, grands démocrates, ne demandent pas mieux que de se débarrasser de ce symbole dépassé.
Il y a du vrai là-dedans comme dans toute caricature. Toutefois il y aussi beaucoup d’exagération. Le sondage a demandé aux Canadiens s’ils étaient plus attachés à la reine ou au Gouverneur général. Réponse: 70% des Canadiens ne sont attachés à aucun de ces deux personnages. Au Québec, cette indifférence est partagée par 89% des gens, ce qui n’étonnera personne. Dans le reste du pays, 64% ne sont attachés ni à la reine ni au Gouverneur général, ce qui est plus surprenant.
(En passant, au sujet de Michaëlle Jean, on peut lire cette chronique très élogieuse de Jeffrey Simpson, du Globe and Mail: «What a brilliant governor-general Michaëlle Jean has become after nearly four years in office.»)
Est-ce que ça veut dire que les Canadiens anglophones sont prêts à abandonner la monarchie? Une majorité, oui. Alors que 86% des Québécois croient que le pays devrait couper ses liens avec la monarchie après le décès d’Elizabeth II, 59% des Canadiens des autres provinces sont du même avis.
Il reste toutefois une minorité importante (41%) qui veut voir l’héritier au trône devenir Roi du Canada. Cette minorité est trop imposante pour qu’un gouvernement ose l’affronter en proposant de se défaire de la monarchie. Il faudra donc s’y faire, nous continuerons d’être les sujets de la reine ou du roi d’Angleterre pour encore quelques décennies. Pour ma part, ça me laisse indifférent. L’influence d’Elizabeth II sur nos affaires étant nulle, elle n’est qu’un symbole. Si ça fait plaisir à certains, pourquoi en faire un drame?























