
Des chômeurs à Limerick, Irlande. Photo AFP
André Pratte
Le miracle économique irlandais a souvent été cité par les leaders indépendantistes québécois pour démontrer qu’un petit pays indépendant est mieux à même de se développer qu’une province.
L’ancien haut fonctionnaire Louis Bernard, alors qu’il était candidat à la chefferie du Parti québécois, a écrit: «Nous serons pleinement responsables de ce qui nous arrive, de nos succès comme de nos échecs. Ce changement aura des répercussions psychologiques considérables : il faut voir l’importance qu’a, dans tous les pays, la fierté nationale. Ceux qui pourraient en douter n’ont qu’à se référer au cas de l’Irlande, pays de quatre millions d’habitants, qui, en quelques années, est passé de la position de queue à la position de tête des pays d’Europe.»
Dans son échange de correspondance avec moi (Qui a raison?, Boréal, 2008), l’ancien ministre péquiste Joseph Facal a tenu des propos similaires. Bernard Landry de même.
La thèse des avantages économiques de l’indépendance a été reprise il y a quelques semaines par Pauline Marois, selon qui un Québec indépendant aurait été mieux à même de résister à la récession actuelle. Le président du PQ, Jonathan Valois, a renchéri en disant qu’un Québec devenu pays “serait mieux outillé” pour affronter la crise parce qu’il aurait “vraiment deux mains sur le volant, et non pas une autre paire de mains qui vient d’Ottawa”.
Voyons donc ce qui se passe en Irlande ces temps-ci. Il est vrai que le pays a connu au cours des années 1990 une croissance foudroyante. Cela lui a valu le titre de «tigre celtique». Il est un peu étrange qu’on ait vu là l’effet de l’indépendance politique, l’Irlande étant un pays indépendant non pas depuis 1980 ou 1990, mais depuis 1921.
Quoi qu’il en soit, aujourd’hui, l’Irlande est plongée dans la pire récession de tout l’Occident. Le taux de chômage, qui avait diminué jusqu’à 4,6% en 2007, a explosé à 11,9%. Selon une firme locale, l’Economic and Social Research Institute, le chômage devrait atteindre 16,1% l’an prochain. En l’espace d’à peine deux ans, le tigre est devenu tortue.
Les économistes avancent toutes sortes d’explications pour la gravité de la récession irlandaise, je ne m’étendrai pas là-dessus. Ce qui arrive en Irlande démontre, en tout cas, que l’indépendance politique ne mène pas à la prospérité économique, contrairement à ce que prétendent ou laissent entendre les souverainistes.
Pendant que l’Irlande s’enfonce, la province de Québec est parmi les régions du monde qui s’en tirent le mieux. Ce n’est évidemment pas grâce au fédéralisme. Le fédéralisme ne garantit pas la prospérité plus que l’indépendance (voir les États-Unis!). Mais il y a quelque chose dans la recette canadienne qui, de façon générale, assure aux Canadiens une prospérité enviable. Cette recette est faite de ressources naturelles abondantes et diverses, d’un système bancaire conservateur et donc solide, d’un généreux système de péréquation, etc.
À cela, les indépendantistes répondront qu’un Québec souverain serait capable de faire encore mieux. Mais ils ne peuvent d’aucune façon le démontrer, encore moins le garantir. Et avec l’effondrement de l’économie irlandaise s’écroule un des fragiles fondements de leur argumentaire économique.
Mise à jour 9h AM
Deux remarques suscitées par les commentaires des participants à ce blogue:
1) J’aimerais quand même signaler à ceux qui me reprochent de prendre l’exemple irlandais que ce n’est pas moi qui l’ai fait, mais les Louis Bernard, Joseph Facal et Bernard Landry. Je ne fais que montrer que l’exemple qu’EUX ont choisi ne démontre en rien l’utilité de l’indépendance en matière économique.
2) On me reproche d’être obsédé par la souveraineté. Je promets que si le Parti québécois et le Bloc québécois cessent de parler d’indépendance, j’arrêterai à mon tour.
Deuxième mise à jour – 14h
Je suis sidéré de voir comment certains blogueurs déforment mon point de vue. Un exemple:
«L’argument de Pratte est incroyable: si l’Irlande en arrache présentement c’est pas à cause de la crise mondiale mais c’est à cause de son indépendance politique! Indépendance qui remonte à….1921!»
Relisez mon texte. Je ne dis nulle part que l’Irlande en arrache en raison de son indépendance. Je n’ai jamais vu l’Irlande comme une preuve de quoi que ce soit. Ce sont les indépendantistes qui ont pris l’Irlande en exemple, en disant que la performance du tigre celtique démontrait que l’indépendance est en soi bonne pour l’économie. Or, voici que la même indépendance ne protège pas l’Irlande contre la récession. Je souligne seulement que l’argument mis de l’avant par les souverainistes ne tient plus. C’est interdit?
En 1991, Jacques Parizeau a fait un discours devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain qui, dans son livre Pour un Québec souverain, porte le titre: «La prospérité du Québec passe par la souveraineté». Ça ne peut pas être plus clair. Or, depuis, le Québec est devenu plus prospère. Il est notamment plus prospère que des dizaines de pays indépendants. La conclusion est inéluctable: rien, dans la fédération canadienne, n’empêche le Québec de développer son économie. Et rien ne permet de soutenir qu’il pourrait mieux le faire s’il était un pays indépendant.






















