Le blogue de l'édito

Le Mercredi 7 octobre 2009 | Mise en ligne à 5h00 | Commenter Commentaires (45)

De séducteur à repoussoir

Publié dans la catégorie Politique fédérale

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Photo Presse canadienne

André Pratte

Lorsqu’il était professeur d’université, grand reporter et auteur à succès, Michael Ignatieff avait la réputation d’être un don juan, un grand séducteur. Il semble que son charme n’opère plus depuis qu’il est devenu chef du Parti libéral du Canada.

Selon un sondage Strategic Counsel publié mardi matin par le Globe and Mail, les Canadiennes de 50 ans et plus se sont détournées du PLC au cours des derniers mois. La proportion de femmes ayant l’intention de voter libéral a chuté de 46% à 26% depuis le printemps dernier. Au total, 36% des femmes du pays voteraient conservateur  si un scrutin avait lieu aujourd’hui (une hausse de 8 points), contre seulement 28% qui voteraient pour le parti dirigé par M. Ignatieff. Cette avance des conservateurs est franchement étonnante quand on sait que les femmes sont généralement rébarbatives aux valeurs de droite, au programme conservateur en particulier (guerre en Afghanistan, indifférence relative à la question des changements climatiques, ligne dure en matière de loi et d’ordre, etc.).

Que s’est-il passé? Le Globe cite la romancière Patricia Pearson: «Il paraît tellement inconfortable dans son rôle de politicien que ça éloigne les femmes.» Ce commentaire ressemble beaucoup à celui de la journaliste anglaise Rachel Cooke, qui a récemment publié un long article sur Ignatieff dans The Guardian. Elle qui l’avait admiré lorsqu’il animait une émission culturelle de fin de soirée à la BBC n’a pas apprécié sa métamorphose en politicien: «Quand je l’écoute aujourd’hui, j’ai l’impression qu’il a été drogué. Il est comme un musicien de jazz qui a perdu le sens du rythme.»

Est-ce pour cela que M. Ignatieff ne séduit plus l’électorat féminin? Peut-être. J’émets une autre hypothèse. Cet automne, le chef libéral a annoncé qu’il profiterait de la première occasion pour battre le gouvernement et provoquer des élections. La plupart des Canadiens n’ont pas trop compris pourquoi il voulait des élections maintenant, un an à peine après le scrutin précédent, sinon pour des raisons strictement partisanes. Beaucoup de gens en ont marre de ces jeux politiques dont nous sommes témoins à Ottawa depuis 5 ans, et en particulier, je crois, les femmes. Et puis dépenser 300 millions pour des élections, en pleine récession, ce n’est pas très sage. Les femmes sont peut-être plus sensibles que les hommes à ce genre de gaspillage.

Ce n’est qu’un sondage et les choses peuvent changer. Une chose est sûre, rares sont ceux qui, aujourd’hui, parlent de Michael Ignatieff avec des étincelles dans les yeux, comme s’il était le sauveur du Canada ou une réincarnation de Pierre Trudeau. Beaucoup de Canadiens ne voient plus en lui qu’un politicien ordinaire. Peut-être vaudrait-il mieux qu’il redevienne lui-même. En politique, parler vrai est très risqué. Mais au point où en est le chef libéral…

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