Malgré son heure de diffusion tardive, à la suite du Super Bowl, difficile de résister à la tentation d’écouter Undercover Boss, la dernière émission de CBS que ce réseau américain a fréquemment pistonnée durant le match, hier soir.
Pour tout journaliste d’affaires, la proposition est franchement séduisante : observer un PDG qui travaille incognito au bas de l’échelle de sa propre entreprise.
Disons que le premier candidat, Larry O’Donnell, président et chef de l’exploitation de Waste Management, une entreprise avec un chiffre d’affaires de 13,4 milliards US, a vraiment mérité son salaire ! Il avait du mal à marcher le soir venu, tellement il était fourbu à la fin de sa journée de travail.
En une semaine, il a trié des matières recyclables et des rebuts, lavé des toilettes portatives, ramassé (ou plutôt tenté de) des papiers qui volaient au vent, suivi au pas militaire une femme-orchestre et passé une journée comme apprenti à bord d’un camion de collecte d’ordures.
Résultat : Larry O’Donnell a fait dérailler la production dans un centre de tri, dépassé par le rythme de la convoyeuse. Et il s’est fait virer (une première dans sa vie) parce qu’il était incapable de ramasser des papiers à la même vitesse que son contremaître, un homme qui suit des traitements de dialyse après avoir perdu l’usage de ses reins !
Ce grand patron a aussi été horrifié d’apprendre qu’une femme conduisant l’un de ses camions est contrainte d’uriner dans une grosse boîte de conserve afin d’atteindre les cibles de productivité qu’il a lui-même fixées, n’ayant pas le temps de prendre des pauses pipi dignes de ce nom.
Évidemment, nous sommes à la télé américaine : tout est bien qui finit bien. Les employés sont émus d’apprendre qu’ils ont travaillé avec leur grand patron et ne se sentent pas dupés par cette supercherie. Les irritants sont corrigés. Le petit patron mesquin qui retire des minutes de paie à ses employés est réprimandé.
La dame qui abattait le travail de trois ou quatre collègues est même promue à la direction de son usine, ce qui la rend éligible à une prime qui lui permettra de conserver sa grosse maison, menacée d’être saisie par les banquiers. Bref, les injustices sont corrigées.
Des questions m’ont toutefois chicotée dans cette émission qui semblait scénarisée dans les moindres détails. Comment se fait-il que le grand patron soit à ce point ignorant des conditions de travail de son entreprise, conditions à ce point difficiles que même les employés les plus bûcheurs peinent à arriver ? Et maintenant que les «cas» de ces cinq employés sont réglés, est-ce que Larry O’Donnell changera sa façon de gérer cette entreprise de près de 46 000 employés ?























