Plan d'ensemble

Le Lundi 8 février 2010 | Mise en ligne à 17h15 | Commenter Commentaires (57)

Bruit en salle : le dilemme

Le ruban blanc

Le ruban blanc

La plupart des gens en conviennent : le principal problème du cinéma en salle est l’impossibilité de contrôler le confort de son expérience. Bien sûr, tout est relatif. Quand je vais voir un film imposant en décibels comme Avatar, entendre mes voisins se gaver de pop-corn/nachos, répondre au cellulaire à la sonnerie insupportable ou échanger entre eux comme s’ils étaient dans leur salon m’irrite, certes, mais sans me faire regretter l’achat de mon billet.

Par contre, quand je vais voir un film comme le Ruban blanc de Michael Haneke, un drame de chambre austère à la Bergman, dénué de musique, aux nombreux silences pesants, et composé de dialogues au ton sobre entre personnages refoulés, je ne recherche rien de moins qu’une ambiance d’église.

Lorsqu’on se rend au Cinéma Parallèle, par exemple, on met toutes les chances de notre côté. Mais cette salle prisée par les cinéphiles ne peut évidemment se montrer infaillible à tout coup. Ainsi, lors de la dernière séance de vendredi, le malheur se présente à moi sous la forme de deux femmes dans la quarantaine qui, avant même que les lumières ne se tamisent, lancent : «Oh, ça a l’air que c’est en noir et blanc» avec un immanquable air de déception.

Pendant quelque 2h30, j’obtint peut-être 15 minutes de répit de la part de mes voisines qui se sont assurées de meubler la bande son du film de leurs commentaires ineptes. Que faire dans ce cas? Supporter le bruit en espérant que notre cerveau en fera éventuellement abstraction (il faut admettre, dans mon cas, que les coupables ne parlaient pas si fort). Ou y aller d’une intervention.

Cette dernière option comporte toutefois un risque. Si elle n’est pas fructueuse, on peut se retrouver encore plus désemparé qu’au départ. Et c’est ce qui m’est arrivé vendredi. En me retournant, j’y suis allé d’un diplomatique : «S’il vous plaît, pouvez-vous cesser de parler» pour recevoir en guise de réponse une grimace déguisée en sourire ponctuée d’un salut de la main hautement sarcastique. Ma rage, qui fut déjà passablement incandescente, se manifesta physiquement par de puissantes palpitations et de légères crampes au ventre. Ces femmes, que j’imaginais initialement comme d’insouçiantes commères, se sont transformées en voleuses délibérées de plaisir cinématographique.

Alors, agir ou ne pas agir? Tel est le dilemme.

Enfin, on peut toujours choisir la méthode Lars Von Trier, mais il vaudrait mieux la reléguer au domaine du fantasme…

À lire aussi :

> Le dogme du grand écran

P.S.: Une entrevue éclairante de Michael Haneke à lire sur le site de Film Comment.

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Le Dimanche 7 février 2010 | Mise en ligne à 0h00 | Commenter Commentaires (14)

Le Super Bowl vu par des auteurs

Via Slate; Quentin Tarantino, David Lynch, Wes Anderson, Jean-Luc Godard et Werner Herzog braquent chacun leurs lentilles sur la grand-messe du football américain.

Mon pastiche préféré est sans doute le dernier, alors qu’on entend un passage de Grizzly Man, mon film préféré de la décennie.

(Merci à veridik pour le lien).

***

D’ailleurs, vous pouvez regarder sur Cinemablend toutes les bandes-annonces qui seront diffusées durant le Super Bowl.

***
Enfin, pour terminer en beauté sur le thème du football, pourquoi ne pas (re)voir l’électrisant speech motivateur du coach Pacino dans Any Given Sunday (1999) d’Oliver Stone :

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Le Jeudi 4 février 2010 | Mise en ligne à 17h15 | Commenter Commentaires (11)

Un film romantique pour Terrence Malick

Olga Kurylenko (Photo : AP)

Olga Kurylenko (Photo : AP)

Terrence Malick, le cinéaste méticuleux et reclus qui n’a sorti que quatre films depuis 1973, semble vouloir joindre le club de Steven Soderbergh tant il enchaîne les projets par les temps qui courent! En effet, alors qu’il n’a pas encore complété le montage de The Tree of Life – dont la première devrait avoir lieu à Cannes cet été – et qu’il peaufine les détails de son documentaire IMAX, on nous annonce qu’il prépare déjà son sixième long métrage, un drame romantique.

Pratiquement aucun détail n’a été révélé à propos de cette «puissante et émouvante histoire d’amour», si ce n’est l’identité des têtes d’affiche : la dernière Bond girl Olga Kurylenko, Rachel McAdams, Javier Bardem et Christian Bale, qui a travaillé avec Malick sur The New World. Le tournage du film devrait débuter vers la fin de l’année.

Il ne faut évidemment pas s’étonner de voir Malick aborder de front le genre romantique. Tous ses films comportent d’importants thèmes liés aux rapports amoureux (et oui, même The Thin Red Line, par l’entremise de brefs mais terriblement efficaces flash backs du soldat Bell : «Love. Where does it come from? Who lit this flame in us? No war can put it out, conquer it. I was a prisoner. You set me free»).

Contrairement à la majorité des films du genre, ceux de Malick ne s’intéressent pas nécessairement à l’évolution psychologique des membres du couple. Ils se penchent plutôt, à l’aide d’une mise en scène elliptique et d’un ton à la fois sensible et détaché, sur les répercussions du passage du temps. Cette variable hors de notre contrôle qui détériore froidement les relations amoureuses. Une vision certes fataliste de la vie, mais rendue de manière absolument sublime.

Le film de Malick qui s’approche peut-être le plus d’un drame romantique conventionnel est son premier, Badlands, un quasi-remake de Bonnie & Clyde qui est en fait basé sur l’histoire vraie d’un autre couple d’assassins qui a fasciné l’Amérique. Voici un passage intéressant qui se déroule pendant une séquence de «paradis perdu» (un fameux leitmotiv malickien) alors que le personnage de Sissy Spacek y va de méditations métaphysiques sur le… passage du temps :

À lire aussi :

> Malick, Bigelow, Gallo et les Talibans
> Le chef-d’oeuvre obscur de la décennie

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