
Le ruban blanc
La plupart des gens en conviennent : le principal problème du cinéma en salle est l’impossibilité de contrôler le confort de son expérience. Bien sûr, tout est relatif. Quand je vais voir un film imposant en décibels comme Avatar, entendre mes voisins se gaver de pop-corn/nachos, répondre au cellulaire à la sonnerie insupportable ou échanger entre eux comme s’ils étaient dans leur salon m’irrite, certes, mais sans me faire regretter l’achat de mon billet.
Par contre, quand je vais voir un film comme le Ruban blanc de Michael Haneke, un drame de chambre austère à la Bergman, dénué de musique, aux nombreux silences pesants, et composé de dialogues au ton sobre entre personnages refoulés, je ne recherche rien de moins qu’une ambiance d’église.
Lorsqu’on se rend au Cinéma Parallèle, par exemple, on met toutes les chances de notre côté. Mais cette salle prisée par les cinéphiles ne peut évidemment se montrer infaillible à tout coup. Ainsi, lors de la dernière séance de vendredi, le malheur se présente à moi sous la forme de deux femmes dans la quarantaine qui, avant même que les lumières ne se tamisent, lancent : «Oh, ça a l’air que c’est en noir et blanc» avec un immanquable air de déception.
Pendant quelque 2h30, j’obtint peut-être 15 minutes de répit de la part de mes voisines qui se sont assurées de meubler la bande son du film de leurs commentaires ineptes. Que faire dans ce cas? Supporter le bruit en espérant que notre cerveau en fera éventuellement abstraction (il faut admettre, dans mon cas, que les coupables ne parlaient pas si fort). Ou y aller d’une intervention.
Cette dernière option comporte toutefois un risque. Si elle n’est pas fructueuse, on peut se retrouver encore plus désemparé qu’au départ. Et c’est ce qui m’est arrivé vendredi. En me retournant, j’y suis allé d’un diplomatique : «S’il vous plaît, pouvez-vous cesser de parler» pour recevoir en guise de réponse une grimace déguisée en sourire ponctuée d’un salut de la main hautement sarcastique. Ma rage, qui fut déjà passablement incandescente, se manifesta physiquement par de puissantes palpitations et de légères crampes au ventre. Ces femmes, que j’imaginais initialement comme d’insouçiantes commères, se sont transformées en voleuses délibérées de plaisir cinématographique.
Alors, agir ou ne pas agir? Tel est le dilemme.
Enfin, on peut toujours choisir la méthode Lars Von Trier, mais il vaudrait mieux la reléguer au domaine du fantasme…
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P.S.: Une entrevue éclairante de Michael Haneke à lire sur le site de Film Comment.























