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Le Mardi 13 janvier 2009 | Mise en ligne à 2h00 | Commenter Commentaires (21)

Ex-Centris : dur coup pour les cinéphiles

Publié dans la catégorie Histoire

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- Photo: David Boily, La Presse

Mon collègue Paul Journet y va d’une nouvelle assez déprimante dans le journal de ce matin :

Ex-Centris mettra fin à sa programmation régulière en salle à la fin du mois de mars. Dès lors, le repaire des cinéphiles du boulevard Saint-Laurent ne présentera plus de films dans ses deux principales salles (Cassavetes et Fellini). Le cinéma Parallèle, qui occupe la troisième salle d’Ex-Centris, devra pour sa part trouver de nouveaux locaux.

C’est le 20 mars prochain que commencera officiellement le deuil de ces salles qui ont connu moins de dix ans d’activités. Une fin prématurée, pour ne pas dire tragique.

La tristesse du public rejoint le choc du milieu du cinéma indépendant qui perd l’une de ses principales plateformes. L’ambassadeur d’Ex-Centris Claude Chamberlan a fait part de sa déception en entrevue au Devoir :

Il s’agit d’une grande perte pour le Québec et pour la diffusion du cinéma d’auteur [...]. Si peu de cinémas se consacrent aux films d’auteur. Je crains l’effet domino. Quand des salles sont éliminées, moins d’oeuvres de la cinématographie internationale peuvent trouver leur vitrine. En plus, elles marchaient bien, ces salles-là.

Je dois avouer que je n’ai jamais considéré l’Ex-Centris comme LE lieu absolu pour un rendez-vous cinématographique (mais encore, un tel endroit existe-t-il?*). Il y a une certaine froideur dans le design de l’immeuble; ces murs et planchers gris, ces écrans vidéo qui masquent les préposés à la billetterie. Je ne crois pas non plus avoir déjà vu un seul placier esquisser un sourire. À fin de comparaison, le Cinéma du Parc offre un accueil bien plus avenant.

Mais ces observations deviennent vite futiles lorsqu’on considère la nature principale d’Ex-Centris. Une fois à l’intérieur d’une de ses salles, je m’éblouis toujours devant leur luxe : cette musique d’ambiance plaisante, la moquette propre, les sièges confortables, l’air frais, libéré des odeurs de nachos et de pop-corn qui empoisonnent la quasi totalité des autres complexes de cinéma.

Une fois les lumières tamisées, l’on sent comme une entente tacite entre les spectateurs : nous sommes venus ici pour voir un (bon) film, et rien d’autre. Si nous prend l’envie de manger ou de discuter, nous attendrons la fin de la séance. Et si, par malheur, quelqu’un aurait oublié d’éteindre son portable, pas de soucis : la salle ne capte pas les ondes. Isolée du bruit, de l’extérieur comme de l’intérieur.

Et que dire de la qualité de la projection! Le son toujours bien ajusté, l’image toujours parfaitement cadrée, la mise au point toujours optimale. Une application technique que l’on ne retrouve pas ailleurs, où prédominent les projecteurs automatiques.

Tous ces éléments contribuent à rendre possible l’expérience cinématographique totale : l’esprit libre de distractions, le cinéphile peut s’abandonner sans crainte dans l’oeuvre qui se présente à lui.

En fin de compte, ce que l’Ex-Centris offre, c’est le respect de la passion du 7e art. Une vision qui, on doit l’admettre, est en voie d’extinction.

* Selon mon expérience, le cinéma répertoire qui se rapproche le plus de la perfection est le Prince Charles, à Londres.

***
Avis aux membres de Facebook, vous pouvez joindre ici le groupe «Sauvons le cinéma à l’Ex-Centris».

  • Tout à fait d’accord avec vous Jozef. Le cinéma Ex-Centris était probablement le seul à Montréal à offrir à une clientèle cinéphile une parfaite immersion dans l’expérience cinématographique. C’est une vision du cinéma d’auteur que l’on perd, c’est un lieu d’où émanait un grand respect des oeuvres présentées qui disparaîtra. C’est une blessure culturelle énorme à la ville de Montréal. Il faudra nécessairement, pour la survie de cette culture, la cinématographie mondiale, une relève aussi forte, aussi respectueuse que l’était ce lieu culte. Une ville de l’envergure de Montréal, avec ses festivals, se doit d’avoir un lieu comme l’Ex-Centris. Il faudra faire quelque chose.

  • Daniel Langlois a sûrement été avisé qu’il ferait beaucoup plus d’argent avec des événements corporatifs que des billets de cinéma. Alors zoom — on change la vocation des salles. L’argent, toujours….

  • Quelle triste perte. J’en ai vu de films à l’Ex-Centris… Il pourrait peut-être se mettre à vendre du popcorn au lieu de fermer ?

  • Je n’en reviens tout simplement pas ! Il m’arrivait souvent de descendre a Montreal depuis Ottawa UNIQUEMENT pour le plaisir d’aller voir des films dans ces salles fantastiques ! Tous les cinephiles sont en deuil …

    http://www.filmscultes.blogspot.com

  • C’est plus l’Ex-Centris, c’est Excen-Triste. (Oui, je sais, douteux comme humour.)

    Je n’ai pas pour l’ExCentris l’attachement sentimental que j’avais pour le Parisien, qui se faisait vieux mais dont je n’ai toujours pas digéré la fermeture. J’étais moi aussi rebuté par le côté ‘cybernétique’ de l’Ex-Centris. Mais j’y ai vu de bons films, c’est ce qui compte. Peut-être le Quartier Latin ou le cinéma du Parc prendront-ils le relais. Sinon, il n’y aura plus que le Beaubien.

  • tres mauvaise nouvelle qui commence bien mal l annee pour les cinephiles. il reste a souhaiter qu on ne sera pas bientot pris avec uniquement des mega-complexes ne diffusant que des blockbusters americains.

  • Je suis sonné. Quoi, MON cinéma préféré qui n’offrira plus de programmation régulière? LE SEUL cinéma confortable comme vous dites qui ne sentait pas le nacho et les chaudières de pop corn, où les spectateurs étaient respectueux des autres va disparaître? Où est-ce que je pourrai voir des films en version originale sous-titrés maintenant (j’aime pas le Cinéma du Parc)? J’ai découvert à Ex-Centris des bijoux de films inédits et maintenant ce serait fini? Je ne peux le croire… J’ai hâte de connaître les raisons de cette décision et j’ose espérer qu’elle n’est pas irréversible.

  • Cette tragédie vient de m’ouvrir les yeux sur l’importance de continuer de fréquenter le Cinema Le Clap a Quebec qui est un peu l’equivalent. Excentris qui ferme c’est une histoire d’amour qui se termine par un accident tragique. On se rend compte qu’on le prenait pour acquis et qu’on ne faisait plus d’effort pour lui et maintenant qu’il est disparu, on ne peut que se vautrer dans la nostalgie. J’exagere peut-etre dans ma parabole mais comme je l’affirme sur le blogue de Marc-André Lussier, entendre mon voisin manger du popcorn aurait été le dernier de mes soucis si ça l’avait pu permettre a l’Excentris de rester ouvert un peu plus longtemps. Et vous? seriez-vous pret a accepter ce compromis ?

  • Il avait qu’à vendre du pop corn et passer moins de film de cabochons!
    Ça, c’est douteux comme humour.
    C’est bien triste comme nouvelle. Les salles dites «commerciales» devrait diffuser plus de cinéma indépendant et étranger, parce que j’irais pas au Beaubien toutes les semaines, c’est bien trop loin de chez moi.

    Je n’avais, par contre, jamais énormément de plaisir à aller à l’Ex-Centris, car j’avais souvent l’impression d’y voir des gens qui ne venait pas voir, par exemple, le nouveau Ken Loach, ou le dernier film iranien, ils venaient à l’Ex-Centris, parce que ça parait bien, d’être vu à l’Ex-Centris. Mais il m’en aurait fallu plus pour manquer le nouveau Loach ou le nouveau Haneke.

  • @nic-olas

    De quel humour parlez vous? J’Ai évoqué l’idée de vendre du popcorn mais je n’ai jamais remis en question la qualité des films présentés.

    Par contre votre idée de croire que la plupart des gens s’y pointaient pour y être vu est extremement douteuse. Y etre vus par qui au juste? D’autres cinephiles ? Qui se ressemblent s’assemblent je n’ai rien contre ca. Et meme si vous avez raison, au moins ils y allait eux.

  • @nic-olas
    Par contre je dois dire que je suis entierement d’accord avec votre 2e point : Les salles “commerciales” devraient passer plus de cinéma independant et étranger. Ça revient à entendre grignoter durant la projection mais rendu la, qui s’en soucierait encore?

  • La vérité, par contre, c’est qu’entre le Beaubien, le Cinéma du Parc, même l’AMC Forum et le Quartier Latin, et l’Ex-Centris, il y avait très souvent des dédoublements dans la programmation. Soit, la qualité des salles de l’Ex-Centris dépasse largement celle de ces autres établissements, certains films américains sont présentés en version originale sous-titrée, mais tout de même.

    Avec le déménagement du Cinéma Parallèle et l’agrandissement du cinéma Beaubien, on sait qu’il y aura des écrans pour prendre la relève des films québécois et français. C’est la sélection internationale et les programmes de court métrages qui pourraient être menacés de disparaître… j’espère que les programmateurs des établissements que j’ai déjà mentionnés ne les oublieront pas.

  • Triste nouvelle, l’Ex-Centris présente souvent des films en version originale sous-titrée, un délice pour les malentendants. Je fréquentais l’Ex-Centris pour cette raison alors qu’aucun sous-titrage n’est offert dans la grande majorité des salles
    …Aussi, y aurait-t-il un lien avec le coût prohibitif du stationnement et des parcomêtres, gourmands même en soirée? Je crois que oui…

  • Il reste le Cinéma du Parc, à deux pas de l’ex-centris qui présente plusieurs films américains avec sous-titres français, des classiques, des festivals et maintenant viendra à la rescousse de film québécois indépendant et films français. Et le Beaubien avec deux nouvelles salles. Il ne faut pas perdre espoir…le cinéma de qualité est toujours vivant!

  • Quelle triste nouvelle. Les cinéphiles, nous avons un réel deuil à faire.

    Il y a le Beaubien qui offre des films intéressants… accompagnés du crinch crunch de pop-corn.

    Et le Cinéma du Parc que je ne connais pas encore. Ça reste à voir.

  • c’est dommage c’est certain, mais personnellement j’y alllait pas plus qu’une fois par an…qu’arrivera t-il avec le FNC dans ce cas? l’ex-centris était leur quartier général….

  • À tous les fans de l’Ex-Centris, mobilisons-nous!!! Rejoignez le groupe Facebook pour discuter des moyens possible pour faire comprendre à M. Langlois que cette décision est complètement insensée : http://www.facebook.com/group.php?gid=44355121126

  • Un autre mauvais BYE BYE !!

  • Vraiment, vraiment triste.
    Très mauvaise nouvelle, encore une fois, pou le cinéma d’auteur.

    Ce cinéma était top, mais où s’en va la culture ? À quoi s’intéresse t-on ?

  • Je ne crois pas que le Cinéma du parc et le cinéma Beaubien, même avec ses deux nouvelles salles réussissent à pallier l’absence de l’Ex-centris. Je ne dis pas cela pour dénigrer les autres cinémas, mais l’Ex-centris offre une expérience hors du commun dont on peut fièrement vanter les vertus. Il s’agit à mon sens d’une sorte de temple du cinéma où les œuvres présentées ainsi que le public sont traités avec respect diligence. Confort inégalé, silence religieux, respect impeccable des autres spectateurs, prix abordable, qualité de la programmation et irréprochables compétences techniques des projections (les projections ne sont pas automatisées). Certes, dix établissements comme celui-ci dans une ville seraient peut-être trop, mais un seul, c’est bien la moindre des choses !

    Depuis que le Cinéma du Parc fut racheté par M. Smith, l’établissement a perdu une partie de son lustre et de son charme, particulièrement au niveau technique. Maintenant, au Cinéma du parc, on propose d’affreuses projections “numériques”… Vous vous rappelez le spécial 39 palmes d’or ? On ose nous projeter ces films en betacam ! C’est de la résolution standard… sur un écran géant ! Imaginez The Cranes are Flying téléchargé sur une bébelle de serveur et projeter en définition standard… Lorsque qu’un carré gris foncé s’affiche sur l’écran (qui sera donc le niveau de noir pour le film…) au début de la projection, ça regarde mal. Si au moins c’était du DCP… Bref, sinon, le son est souvent trop faible et le confort n’y est pas trop. Au moins, avant que M. Smith ne prenne le contrôle, on avait droit à de vieux films cultes et tels que Eraserhead, les films de Jodorowski,, les premiers Polanski et d’autres savoureuses étrangetés sur une base régulière. Même si les copies étaient vielles et abîmées, on s’en foutait, cela pouvait même contribuer au charme. Mais maintenant, tout cela a changé… Je continue malgré tout d’y aller parfois, mais en songeant au bon vieux temps.

    Pour le Beaubien, que je côtois aussi assez souvent, sa programmation est loin d’être aussi aventureuse que celle de l’ex-centris (qui, c’est vrai, se retenait un peu ces derniers temps). Sa vocation semble plus axée sur les films francophones (et surtout québécois, ce qui est une très bonne chose) mais ce n’est pas là qu’on va pouvoir voir des films comme Import / Export, Hunger, Three Monkey, I Served the King of England ou Une nuit de chien. Peut-être que cela va changer un peu avec les nouvelles salles, mais pour le moment, ni le Beaubien, ni le Cinéma du Parc ne vont pouvoir remplacer l’ex-centris. Ni dans le contenant, ni dans le contenu.

    Pour ce qui est du Quartier latin et du AMC, c’est bien qu’ils projettent un peu de cinéma indépendant, mais la simple expérience d’entrée dans ces établissements est chaque fois traumatisante et frustrante. Comment une personne qui fréquente régulièrement ces salles peut-elle se dire cinéphile ? Hé ! Des gens continuent d’entrer 30 minutes après le début de la projection ! Et cela avec toute la famille, chacun un gros popcorn à la main cherchant en vain des places dans le noir comme s’ils étaient seuls dans leur salon !! Sans compter que d’y acheter un billet, c’est aussi, en un sens, endosser ce mode de diffusion du cinéma. Mais bon, passons…

    Pour toutes ces raisons, l’Ex-centris offre une expérience totale. C’est un endroit où l’on peut se sentir respecté en tant que cinéphile. Cela est un peu inquiétant quand on en est rendu à dire des choses comme ça. Mais oui, je l’avoue, parfois je me surprends à me sentir menacé en tant que cinéphile. C’est un peu comme si un fervent chrétien apprenait que la dernière église de la ville allait être fermée et qu’il ne lui reste plus que quelques petites chapelles payantes enfouies au cœur des centres commerciaux pour pratiquer son culte. Et cela, entre deux “pseudo-chrétiens » agenouillés sirotant une grosse liqueur.

    Après le mois de mars, j’imagine qu’une passe de deux ans à la cinémathèque risque de m’être profitable… !

  • Comment Daniel Langlois peut-il faire ça aux cinéphiles montréalais ? Leur reprendre ce bijou qu’il leur avait offert il y a une dizaine d’année ? Entre des politiciens qui coupe dans les subventions pour la culture et des mécènes capricieux … pôvres petits nous, condamnés à la téléréalité !!!

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